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Créer sous contrainte : ce que ça change vraiment

Photo du rédacteur: Mélissa F.
Mélissa F.
28 août
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 août

Quand on pense à la créativité, on l'associe souvent à la liberté. Pouvoir dessiner ce qu'on veut, comme on veut, sans aucune règle à respecter... Sur le papier, ça paraît plutôt idéal.

Sauf que face à une feuille blanche et une infinité de possibilités, les choses peuvent vite se compliquer.


Quel sujet choisir ? Quelle technique ? Quel format ? Quelle direction prendre ? À force d'avoir le choix, on peut finalement passer plus de temps à réfléchir qu'à créer. Et parfois, ne même plus avoir envie de commencer. 😅


Pourtant, avec le temps, je me suis rendue compte que créer avec certaines limites ne me bloquait pas forcément. En fait, c'est même le contraire.

L'Inktober en est un bon exemple, et c'est loin d'être le seul.


Alors, est-ce que créer sous contrainte limite vraiment la créativité ? Ou est-ce que ces fameuses limites peuvent justement nous pousser à chercher des idées ailleurs ?



Quand trop de liberté finit par bloquer


Quand j'ai participé à l'Inktober pour la première fois, mon idée était très simple : faire un dessin par jour dans mon carnet de croquis, au feeling, sans vraiment préparer quoi que ce soit à l'avance.


Sur le papier, ça semblait être la liberté totale. Et pourtant, je me suis assez vite retrouvée à court d'idées.


Illustration de Pennywise tenant un ballon rouge, réalisée pour mon Inktober 2017.
Inktober 2017

C'est là que j'ai commencé à comprendre quelque chose sur ma façon de créer : partir d'une feuille blanche sans aucune direction, ce n'est pas forcément ce qui m'aide le plus. Si j'ai déjà une idée en tête, aucun problème. Mais si je n'ai absolument rien, toutes les possibilités deviennent vite trop nombreuses.


Quel sujet choisir ? Quel personnage ? Quelle ambiance ? Quelle technique ? À force d'avoir trop de choix, je peux passer un temps fou à réfléchir... jusqu'à ne plus avoir envie de dessiner du tout. 😅


L'année suivante, j'ai donc changé de méthode. Au lieu de partir de rien chaque jour, j'ai préparé une longue liste d'idées dans laquelle je pouvais piocher selon mes envies. Puis, petit à petit, d'autres règles sont venues s'ajouter : un thème, un format, un nombre de dessins précis...


Et, paradoxalement, plus le cadre devenait clair, plus il devenait facile pour moi de créer.



Illustration de la déesse égyptienne Bastet, réalisée pour mon Inktober 2018.
Inktober 2018

Apprendre à construire mes propres contraintes


Après avoir testé la liste d'idées, j'ai eu envie d'aller un peu plus loin en donnant une vraie direction à mon Inktober. J'ai donc choisi un thème : les personnages de séries TV. Cette fois, j'avais toujours ma liste, mais aussi un univers dans lequel chercher mes idées. Et les choses sont devenues beaucoup plus simples.


Illustration d'Eleven de Stranger Things dans mon carnet de croquis, réalisée pour mon Inktober 2019 sur le thème des personnages de séries TV.
Inktober 2019

Au départ, j'essayais encore de réaliser 31 dessins au format A5 dans mon carnet de croquis (en ne réussissant cet exploit qu'une seule fois). Mais avec l'expérience, j'ai aussi compris qu'une contrainte n'était pas forcément bonne simplement parce qu'elle faisait partie du challenge.

Trente et un dessins en trente et un jours, pour moi, c'était beaucoup trop. Je voulais continuer à me challenger, pas transformer l'Inktober et surtout mon mois d'octobre, que j'adore, en véritable enfer. 😅


J'ai donc commencé à adapter les règles à ma façon de travailler. Une année, je suis passée à 15 dessins, mais en doublant leur format pour travailler en A4.

Une autre, je n'en ai réalisé que 11 et, faute de temps, je me suis autorisée à mélanger l'encre et le crayon à papier, beaucoup plus rapide à travailler pour moi.


Illustration de Beth Harmon de la série Le Jeu de la dame, réalisée au format A4 pour mon Inktober 2021.
Inktober 2021

Puis j'ai fini par arrêter l'Inktober pendant quatre ans.


Et soudainement, quelques jours seulement avant le début du challenge, j'ai eu envie de m'y remettre.

Par contre, cette fois, je voulais faire quelque chose de complètement différent. Plus de fanarts : j'allais créer mes propres personnages autour d'un thème que j'avais en tête depuis longtemps, les grandes figures de la mythologie grecque.


J'ai choisi de réaliser 16 dessins au format A5, principalement au crayon à papier avec de l'encre pour les fonds. Mais j'ai aussi ajouté une nouvelle contrainte : pour la première fois, l'ordre des illustrations allait avoir une importance.

Puisque le challenge se terminait à Halloween, j'ai commencé par les divinités associées à la lumière pour glisser progressivement vers celles liées à des univers plus sombres.


Pour une reprise après quatre ans, c'était ambitieux.

J'avais vraiment peur de ne pas réussir à aller au bout. Pourtant, j'ai réussi à publier une nouvelle divinité tous les deux jours jusqu'à terminer les 16 illustrations.


Et aujourd'hui, quand je regarde cette série que j'ai entièrement créée, j'en suis super fière.

Au fond, toutes ces règles ne m'ont pas empêchée de créer.

J'ai surtout appris à les ajuster pour trouver l'équilibre entre ce qui me pousse à me dépasser et ce qui risque simplement de me dégoûter du challenge.


Illustration d’Hadès, dieu des Enfers dans la mythologie grecque, réalisée au crayon graphite pour mon Inktober 2025.
Inktober 2025

Quand la contrainte vient de l'extérieur


Mais les contraintes ne viennent pas toujours de moi.


Il y a quelque temps, je suis tombée sur TikTok sur l'appel à créations d'un magazine indépendant. Pour son prochain numéro, il recherchait des œuvres autour d'un thème précis : la métamorphose.


J'ai eu envie de tenter ma chance mais, petit problème : je n'avais absolument rien dans mes illustrations existantes qui pouvait correspondre au thème. Il fallait donc créer quelque chose spécialement pour l'occasion.


Ma première association d'idées a été assez immédiate : métamorphose, papillon. Et c'est justement pour cette raison que je l'ai écartée. 😅

C'était la première chose qui m'était venue en tête et probablement l'une des premières auxquelles beaucoup d'autres personnes penseraient aussi.


Alors j'ai cherché ailleurs. Et mon cerveau a fini par revenir vers un terrain qu'il connaissait déjà bien : la mythologie grecque. Il faut dire que la métamorphose, c'est un peu l'un des passe-temps favoris des divinités grecques. Je veux dire... tu connais Zeus ? 😂


Restait à trouver le bon mythe. Je ne voulais pas simplement représenter un personnage avant ou après sa transformation. Pour moi, il fallait que la métamorphose elle-même soit visible, que l'illustration montre précisément ce moment où elle est en train de se produire.


J'ai donc passé en revue différents mythes où il était question de transformation (spoiler alert : il y en a beaucoup 😅), jusqu'à arriver à celui de Daphné et Apollon.


Sans ce thème imposé, je n'aurais probablement jamais pensé à illustrer ce mythe de cette manière. Et même si l'idée m'était venue un jour, le dessin aurait sans doute été complètement différent. Ici, toute l'illustration s'est construite autour de la métamorphose : ce qui l'a provoquée, le moment où elle se produit et tout ce qu'elle implique.


La contrainte ne m'avait donc pas simplement donné un sujet. Elle m'avait obligée à chercher une façon bien à moi de le traiter.


Illustration au crayon de Daphné se transformant en laurier devant Apollon, inspirée de la mythologie grecque.
Daphné

Tordre sa pensée pour trouver une autre idée


C'est finalement assez représentatif de ma façon de réfléchir lorsque je crée sous contrainte. En général, je ne cherche pas immédiatement à trouver LA bonne idée. Je commence simplement par voir ce que le thème m'inspire.


Et la première idée qui me vient en tête ? Je la mets de côté. 😅 Parce que c'est souvent l'évidence, et que c'est justement là où je n'ai pas envie d'aller.


C'est à partir de là que je commence vraiment à chercher. Je réfléchis à d'autres possibilités, je fais des recherches si j'en ai besoin et, surtout, j'essaie de trouver une idée qui respecte la contrainte sans pour autant m'éloigner de ce que j'aime créer.


En fait, la contrainte m'oblige à « tordre » un peu ma pensée. Au lieu de pouvoir partir dans toutes les directions, je dois trouver mon propre chemin à l'intérieur d'un cadre déjà défini. Et c'est souvent comme ça que je me retrouve sur des terrains que je n'aurais probablement jamais explorés autrement.


Ça ne veut pas dire que trouver la solution est toujours facile. Certaines contraintes demandent beaucoup plus de réflexion que d'autres. Mais jusqu'ici, j'ai toujours réussi à trouver une manière de me les approprier et d'en tirer une idée qui me ressemble.



Créer sous contrainte : frein ou moteur ?


Alors, est-ce que les contraintes limitent ma créativité ? Avec le recul, je dirais que c'est plutôt l'inverse.


Quand je peux absolument tout faire, toutes les directions sont possibles et je peux vite me perdre dans mes propres idées. Une contrainte réduit ce champ des possibles. Elle me donne un point de départ, une direction, mais c'est ensuite à moi de trouver ce que je vais en faire.


Et c'est justement cette recherche que je trouve intéressante. La contrainte me pousse à emprunter des chemins que je n'aurais probablement jamais pris autrement, à chercher plus loin que l'idée évidente et parfois même à dessiner des sujets auxquels je n'aurais jamais pensé.


Ça ne veut pas dire que j'ai envie de créer avec des règles en permanence. Il y a aussi des moments où j'ai simplement une idée en tête et envie de la dessiner telle quelle. Mais quand la contrainte est là, j'ai appris à ne plus forcément la voir comme quelque chose qui va limiter ce que je peux faire.


Parce qu'au final, certains des projets dont je suis aujourd'hui la plus fière sont justement nés de ces limites.


Alors peut-être que créer sous contrainte, ce n'est pas avoir moins de liberté. C'est simplement devoir trouver sa propre liberté à l'intérieur d'un cadre. 😊

 
 
 

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